Le mythe de la cabane
Cabanes utilitaires et cabanes du monde
La cabane au XXème siècle
L'art de la cabane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le mythe de la cabane

Dès l’Antiquité, la cabane est considérée comme un modèle à l’origine de l’architecture. Mais c’est au 18e et au 19e siècle que se développe le mythe de la cabane, symbole de l’état de nature cher au philosophe Jean-Jacques Rousseau.

• L’origine de l’architecture ?
La cabane serait née du besoin des hommes de se ménager un abri contre les intempéries. Telle est l’analyse du premier théoricien de l’architecture, Marcus Vitruvius Pollio (Vitruve), qui écrit à Rome il y a environ 2 100 ans un traité intitulé De architectura. Et d’ailleurs, on sait que longtemps les Romains ont entretenu sur le mont Palatin une cabane de chaume connue sous le nom de “cabane de Romulus”. Des fouilles effectuées en 1948 ont effectivement confirmé l’existence de cette construction. Ce modèle d’habitat primitif fondait en quelque sorte la naissance de l’architecture. Et l’on retrouvait souvent la représentation d’une hutte primitive sur les vases qui recueillaient les cendres des défunts.
Au 18e siècle, alors que vont se développer les théories rousseauistes sur l’état de nature , le mythe de la cabane comme origine de l’architecture se développe. Ainsi l’académicien Charles Batteux (in Les Beaux-arts réduits à un même principe) écrit :

“Ainsi, quand il eut senti, par exemple, l’incommodité de la pluie, il chercha un abri. Si ce fut quelque arbre touffu, il s’avisa bientôt, pour mieux assurer le couvert, d’en serrer les branches, de les entrelacer, de joindre entre elles celles de plusieurs arbres, afin de se procurer un toit plus étendu, plus commode pour sa famille, pour ses provisions, pour ses troupeaux.”


Pour construire une cabane, peu d’éléments sont nécessaires, et elle permet dès lors de s’abriter des éléments et d’abriter la famille autour du foyer. La cabane peut, ainsi, être considérée comme le point de départ d’une histoire de la maison et le modèle de toute architecture.

• La cabane idéale et idéalisée
Construire une cabane est un rêve d’enfant. Elle place l’enfant au cœur de son environnement, le plus souvent en pleine nature. Un abri de bric et de broc patiemment construit durant l’été au fond du jardin, pour se réfugier, jouer et rêver ou même un carton géant détourné de sa fonction d’emballage et planté dans la chambre font partie des grands classiques de l’enfance. Une sorte de petit espace à soi dans le grand tout que constituent l’appartement ou la maison familiale.
Ce havre de paix et d’aventure est aussi un rêve d’adulte. Ainsi les cabanons provençaux des calanques ou les cabanes à outils des jardins ouvriers remplissent cette fonction de refuge et de villégiature modeste. D’ailleurs, la cabane, métamorphosée par l’argent et les traditions architecturales locales, est aussi en partie à l’origine, au cours du 19e siècle, de ces maisons de vacances qui ont fait grand usage du bois : villa anglo-normande, villa landaise ou basque, chalet savoyard.

“Celles-ci établissent un lien très fort entre leur propriétaire et la nature, nature immédiate (les matériaux employés, le jardin) et plus lointaine (la mer, les dunes ou la montagne). Ces lieux de villégiature, cabanes luxueuses, sont le plus souvent vécus comme des lieux de retour à soi-même, où, à la fois, protection et liberté sont possibles. La liberté de leurs développements architecturaux, liés aux demandes, reflets des besoins intérieurs de leurs commanditaires, en témoigne.1

Tout récemment, on assiste au retour de la cabane en tant que telle. Mais ces cabanes perchées sont un rêve assez coûteux à réaliser.


1. Extraits d’une conférence donnée à l’Institut français d’architecture le 13 mars 2002 (Réalités et mythes de la cabane dans l’histoire de l’architecture de 1750 à 1930) par Dominique de Font-Réaulx, conservateur au musée d’Orsay et commissaire de l’exposition.