|
|
 |
 |
 |
|
|
|
Biographie des cinéastes
|
|
| |
|
|
Aux temps préhistoriques du cinéma existait le document. Les films fondateurs de Jules Etienne Marey ou des frères Lumière nous donnent à observer les décors et les modes de vie de nos aïeux dans leurs gestes les plus quotidiens.
Ce cinéma de nos vies peut-être davantage encore que le cinéma de fiction a épousé les grandes mutations techniques et esthétiques de ce siècle.
Témoins de leur époque, révélateurs des bouleversements du 20ème siècle, pionniers de nouvelles voies d’écritures cinématographiques, les documentaristes se sont emparés des inventions optiques,physiques, chimiques ou mécaniques, les ont souvent faites évoluer, les ont parfois détournées.
Mais qu’est-ce qu’un documentariste, si ce n’est avant tout un cinéaste ?
Pour beaucoup d’entre eux, leur parcours s’effectue entre documentaire et fiction, chacun des genres nourrissant l’autre. C’est au travers de leur biographie que nous pouvons tracer un itinéraire dans l’histoire du Cinéma Documentaire.
MICHEL BRAULT (1928-)
Michel Brault apparaît au générique de près de 200 productions comme caméraman, directeur de la photographie, réalisateur et producteur. En 1956, il rentre à l’Office National du Film (ONF) comme cameraman. Il y tournera une quarantaine de courts et moyens métrages en compagnie de Claude Jutra, Fernand Dansereau ou Gilles Groulx. Avec ce dernier, il co-réalise en 1958 " les Raquetteurs ", film charnière de l’équipe française de l’ONF, qui marquera les débuts du mouvement " cinéma direct " au Québec. Il devient ensuite, à Paris, le cameraman de Jean Rouch pour " Chronique d’un été " (1960) et de Mario Ruspoli pour " Regard sur la folie " ( 1961) et " Les inconnus de la terre " ( 1962).
De retour au Québec, il réalise avec Pierre Perrault, " Pour la suite du monde "( 1963) et " l’Acadie, l’Acadie " ( 1971), deux documentaires essentiels du cinéma québécois.
C’est avec un regard de documentariste que Michel Brault aborde la fiction en 1974, quand il réalise " les Ordres " sur la crise d’octobre 70 au Québec. Ce film obtient le prix de la mise en scène au Festival de Cannes.
En 1996, il renoue avec le documentaire et réalise un film sur le peintre Ozias Leduc.
DOMINIQUE CABRERA (1957-)
Sorti de l’IDHEC, section montage à la fin des années 70, Dominique Cabrera alterne la réalisation de documentaires et de fictions. Elle se fait remarquer dans de nombreux festivals en 1988 avec " Ici là-bas "un portrait documentaire de ses parents pieds-noirs. Le public télévisé la découvrira quand elle réalise en 1992, un documentaire " Chronique d’une banlieue ordinaire " tourné dans une cité de Mantes-la-Jolie, puis un an plus tard, avec un autre film documentaire " Une poste à la Courneuve ".
En 1996, elle réalise son premier long-métrage fiction " l’Autre côté de la mer " où elle explore de nouveau l’histoire des pieds-noirs à la fin de la guerre d’Algérie. En 1997, sort en salle " Demain et encore demain, journal 1995 ", Dominique Cabréra se filme et filme son entourage avec un caméscope pendant un an durant sa dépression.
En 1999, son second long-métrage mêle fiction et documentaire, " Nadia et les hippopotames " tourné pendant les grandes grèves de 1995. En 2001, sort " Le Lait de la tendresse humaine ".
JEAN-PIERRE et LUC DARDENNE (1951 et 1954)
C’est leur rencontre avec le metteur en scène Armand Gatti et le cameraman Ned Burgess qui fait venir Luc et Jean-Pierre Dardenne vers le cinéma et la vidéo. Tout d’abord ils abordent la vidéo d’intervention puis réalisent 6 documentaires en vidéo entre 1978 et 1983. " Le Chant du Rossignol " (1978), " Lorsque le bateau de Léon M. descendit la Meuse pour la première fois " (1979), " Pour que la guerre s’achève, les murs devaient s’écrouler " (1980), " R… ne répond plus " (1981), " Leçons d’une université volante " (1982) et " Regarde Jonathan/ Jean Louvet, son œuvre " (1983), c’est avec cette expérience qu’ils viennent à partir de 1986 vers les films de fiction. C’est un cinéma social, traitant de problèmes quotidiens vécus par des personnages ordinaires.
RAYMOND DEPARDON (1942 -)
Il aborde le cinéma par la photographie, tout d’abord reporter, créateur de l’agence Gamma, ses premiers films seront empreints de son expérience de reporter, " Ian Palach " (1969), " Tchad 1- l’Embuscade "( 1970), " Yémen " (1973). Raymond Depardon se met ensuite à explorer la société française des années 70 et 80 qui ne se remet pas de la fin des " Trente Glorieuses ", des documentaires aux sujets aussi différents que " 50,81% " sur l’élection présidentielle de 1974, " Numéro Zéro " en 1977 sur la création d’un nouveau quotidien " Le Matin ", " Reporters " en 1980 sur le monde des paparazzis, " Faits divers " en 1983 sur les fonctionnaires de police d’un commissariat parisien et leurs " clients ", " Urgences " en 1987 tournés dans le service psychiatrique d’un hôpital, et " Délits Flagrants " en 1993 filmé entièrement au Palais de Justice de Paris. A chaque film Raymond Depardon se place à l’endroit de jonction entre une institution et ses usagers, et attend que chacun s’accoutume à sa présence.
JEAN EUSTACHE (1938 - 1981)
Cinéphile de la nouvelle vague, cinéaste de l’intime avant l’heure, Jean Eustache s’est davantage tourné vers la fiction, " Le père Noël a les Yeux bleus " ( 1966), " La maman et la putain " ( 1973) " Mes petites amoureuses " (1974), mais avec un regard documentaire.
C’est le cas de " la Rosière de Pessac 1 " ( 1966), " la Rosière de Pessac 2 " (1979). Toutefois, Eustache abordera par deux fois le documentaire avec " Numéro Zéro " et " le cochon " ( 1971) en co-réalisation avec Jean-Michel Barjol.
ROBERT FLAHERTY (1884 - 1951)
Robert Flaherty est un des pères du documentaire. Tout d’abord explorateur, il est envoyé dans la baie d’Hudson pour effectuer un relevé topographique d’endroits encore inexplorés. Il rencontre des Inuits et revient en 1919 pour les filmer. Pour Flaherty, le cinéma doit partir d’une grande connaissance du mode de vie des personnes que l’on filme, ensuite on choisit les moments les plus significatifs de ce quotidien et l’on demande aux personnes d’incarner leur propre rôle mis en scène pour la caméra. C’est alors qu’on effectue l’écriture du film au montage. " Nanook of the North " obtient un immense succès public, mais aussi, marque plusieurs générations de cinéastes documentaires. La " modernité " de Flaherty dans " Nanook " est d’avoir choisi un personnage principal et de nous convier à le suivre dans sa vie quotidienne. Gros plan, panoramique, montage dramatise l’action et nous permettent de nous identifier à Nanook.
Flaherty avait une prédilection pour les endroits préservés des atteintes de la civilisation. Après le Grand Nord, il partira en Polynésie tourner " Moana ". C’est de ce film que John Grierson dira qu’il a " une valeur documentaire ". Grâce à John Grierson, Flaherty tournera de novembre 1931 au printemps 1933, "The man of Aran ", puis en 1948 de retour aux Etats-Unis, il tourne son ultime chef d’œuvre " Louisiana Story " avec Richard Leacock à la caméra.
Notons que Frances Flaherty, collaboratrice attentionnée, organisera un séminaire, chaque année après la mort de son mari, ( à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), non seulement pour en perpétuer le souvenir, mais aussi pour que de jeunes cinéastes documentaires se rencontrent. Ce sera le cas de Jean Rouch(France), Michel Brault
( Québec) et Richard Leacock ( Etats-Unis) en 1960. C’est la première fois que se rencontrent des cinéastes du triangle qui constituera le mouvement du " Cinéma direct ".
JOHN GRIERSON (1898 - 1972)
Ecossais, né à Glasgow, John Grierson est sans conteste le fondateur de l’école du documentaire anglaise et l’un des maîtres du documentaire mondial. Et pourtant, il réalisa fort peu de films en tant que cinéaste. Le plus marquant reste " Drifters ", son premier film réalisé en 1929. Marqué par l’influence de Robert Flaherty et de Dziga Vertov, il va être non seulement l’un des premiers théoriciens du cinéma documentaire, mais surtout le fondateur des structures de production qui vont permettre l’émergence des documentaires anglais et canadiens. Il fonde successivement en 1928 l’Empire Marketing Board qui doit donner un cadre de production et surtout un financement d’état à une production anglaise qui l’année précédente ne pouvait faire qu’un terrible constat : 0 film produit. Au travers de cette structure et des suivantes : General Post Office (1933), Crown Film Unit ( 1937), Grierson va réunir autour de lui une équipe de jeunes cinéastes préoccupés par les questions sociales de leur époque et l’importance éducative que constitue le cinéma. La grande force de John Grierson est d’avoir fédéré autour de ses visions et ses orientations, des cinéastes aussi importants et différents que Basil Wright, Alberto Cavalcanti, Humphrey Jennings, Paul Rotha, Robert Flaherty ou Norman Mc Laren, en leur laissant la pleine expression de leur personnalité. En 1939, Churchill lui demande de partir au Canada à Ottawa pour créer un organisme " l’Office National du Film " du Canada qui se révèlera être sans doute la structure la plus importante et la plus novatrice en matière de documentaire.
GILLES GROULX (1931 - 1994)
Dans les années 50, Gilles Groulx fait du cinéma amateur en 8mm. Grâce à ses films, il rentre comme monteur d’actualités à Radio-Canada ( la télévision canadienne), puis en février 1957 à l’Office National du film où il participe à l’aventure du Candid Eye dirigé par Terence Macartney-Filgate. Il y rencontre Michel Brault, avec qui il réalise " Les Raquetteurs ". Ce film tourné en un week-end, aurait pu être un reportage tombé dans l’oubli sitôt diffusé, mais l’approche de Brault et Groulx, qui au travers de cette simple manifestation nous font ressentir la transformation et l’émergence d’une société québécoise francophone, fière de ses racines et prête à revendiquer ses droits, fait de ce court-métrage, l’un des films, sinon le film fondateur, du cinéma direct québécois.
Gilles Groulx poursuivra son chemin de cinéaste avec en 1964, " Le chat dans le sac ", film de passage, passage du documentaire à la fiction, de l’adolescence à l’âge adulte pour ses personnages, qui font face à des choix politiques, en définitive, passage possible à l’âge adulte pour un peuple qui commence à réclamer son indépendance.
Groulx accompagnera les mutations de la société québécoise au travers de l’ensemble de ses films, en documentaire comme en fiction, distinction difficile à faire en ce qui le concerne, tant l’un se nourrit de l’autre. Parmi ses autres films importants, citons : " Un jeu si simple " ( 1964), " Où êtes-vous donc " (1969), " Entre tu et vous " ( 1969), " 24 heures ou plus "
( Ce film tourné en 1973 sera censuré et ne sera présenté officiellement qu’en 1977), " Première question sur le bonheur " (1977), En janvier 1981, Gilles Groulx est victime d’un grave accident de la route qui interrompt sa carrière, il terminera toutefois son dernier long-métrage tourné en 1980 " Au pays de Zom ".
JORIS IVENS (1898 - 1989)
Rarement un documentariste aura à ce point traversé le premier siècle du cinéma et la terre en tous sens comme Joris Ivens. Son premier film remarqué est " La Pluie ", réalisé en 1929 aux Pays-Bas. Très vite, son cinéma est mis au service des peuples en lutte, tout d’abord en Europe où il co-réalise avec Henri Storck " Misère au borinage " en 1933, mais aussi en URSS avec " Komsomol ou le chant des héros " en 1932 ou encore " Terre d’Espagne " en 1937 avec un commentaire d’Ernest Hemingway. Deux ans plus tard, on le retrouve aux Etats-Unis pour " l’électrification de la terre ". Mais incontestablement, la Chine est le pays qui a le plus fasciné Joris Ivens. En 50 ans de 1938 à 1988, il tournera cinq films en Chine. En 1938 " 400 millions ", en 1958 " Printemps précoce " et " 600 millions avec vous ", entre 1971 et 1975 " Comment Yu Kong déplaça les montagnes " en co-réalisation avec Marceline Loridan ainsi que " Les Kazakhs ( Minorité nationale, Sinkiang) ".
Voyageur infatigable, militant et poète, Joris Ivens termina son dernier film un an avant sa mort à quatre vingt dix ans. " Une histoire de vent " (1986-1988) co-réalisé avec Marceline Loridan achève ce parcours fécond de la même façon qu’il avait débuté, avec un film sur les éléments.
ELIANE DE LATOUR
Ethnologue, auteur de plusieurs ouvrages sur l’Afrique de l’Ouest, Eliane de Latour est l’une des représentantes les plus intéressantes d’un genre que l’on a appelé " le film ethnographique " et dont la figure dominante en France fut Jean Rouch. Ses films, " Les temps du pouvoir " (1984) et " Contes et comptes de la cour " (1993) tournés au Niger ou " Le reflet de la vie " (1989) tourné dans les Cévennes et " Si bleu, si calme " ( 1996) avec les détenus de la prison de la Santé à Paris sont autant de " documentaires au présent " (comme les définit Guy Gauthier, dans " le Documentaire, un autre cinéma ") qui convient le spectateur à une étude de terrain par le biais du cinéma, même si elle en ressent également les limites : " Le film apporte une connaissance sensible que l’écriture restitue avec difficulté, le livre ouvre au spectateur des analyses qu’il est impossible d’inclure dans un commentaire cinématographique " ( " Les temps du pouvoir " Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales ( Anthropologie visuelle 3) Paris, 1992.
LOUIS MALLE (1932 - 1995)
Bien que connu du grand public pour ses films de fiction, Louis Malle tournera tout au long de sa carrière, des films documentaires. Sur une filmographie qui comporte 30 films, 10 seront des films documentaires. C’est une entrée fracassante qu’il effectue dans ce genre de cinéma en devenant le cameraman-plongeur, le régisseur, le monteur et le co-réalisateur du " Monde du silence " avec Jean-Yves Cousteau. Ce film recevra la Palme d’or en 1956 au Festival de Cannes. Louis Malle a 24 ans.
En 1968 –69, il effectue un voyage en Inde dont il dira qu’il " a été une rupture ". De ce voyage sortira les films, " Calcutta ", " l’Inde fantôme : Réflexions sur un voyage ", " Spirits of the dead " et " Humain, trop humain ". En 1974, Louis Malle tournera durant 3 semaines " Place de la République ".Documentaire de " cinéma direct " par excellence, ce film tourné avec une caméra Aaton donne la parole aux parisiens du débuts des années 70 et l’on découvre qu’après la décolonisation, après Mai 68, après la mort de de Gaulle, un sujet revient dans pratiquement tous les entretiens : La seconde guerre mondiale et l’après-guerre, thèmes également chers à Louis Malle dans ses fictions comme " Lacombe Lucien " (1973) et " Au revoir les enfants " ( 1987). En 1975, nouvelle " rupture " dans la vie de Louis Malle, il part s’installer aux Etats-Unis.
Il y tournera 9 courts et longs-métrages entre 1975 et 1994 dont " Pretty Baby "( 1978), " Atlantic City " (1979), et en 1981 un film devenu " culte " outre-atlantique " My Dinner with André ".
Pourtant son dernier film sera un documentaire en 1994, " Vanya on 42nd Street " tourné dans un théâtre au cours d’une répétition de " Oncle Vania " d’Anton Tchekhov.
CHRIS MARKER (1921 -)
Romancier ( Le cœur net), essayiste ( Giraudoux), critique, directeur de collection ( Petite Planète aux Editions du Seuil), globe-trotter, photographe, cinéaste…. , Chris Marker marque depuis cinquante ans l’histoire du cinéma documentaire. Du film " Les statues meurent aussi " ( 1950-1953) co-réalisé avec Alain Resnais au CD-Rom " Inmemory " (1995-1996), Marker nous convie à réfléchir en sa compagnie à tous les soubresauts du monde durant la seconde moitié du 20ème siècle. Loin des modes, il est aussi le cinéaste de tous les essais, le cinéma direct, la vidéo d’intervention, le CD-Rom, le DVD, Chris Marker utilise toutes les techniques, les triturent, les décalent pour servir ses réflexions sur le monde. " Le Joli mai " en 1962 en est un exemple. Ce film considéré comme l’un des premiers en France du courant du " cinéma direct " est transpercé par un commentaire incisif, visionnaire, politique en complet décalage avec les autres cinéastes de ce mouvement. Ses commentaires hanteront d’autres films des années 50 et 60 comme " Les hommes de la baleine " de Mario Ruspoli, " le Mystère de l’atelier quinze " d’Alain Resnais ou " A Valparaiso " de Joris Ivens.
Le cinéma d’intervention lui doit quelques unes de ses plus belles pages avec des films comme " A bientôt j’espère " ( 1968), " puisqu’on vous dit que c’est possible " (1974) ou " Le fond de l’air est rouge " (1977).
On ne peut parler de Chris Marker sans évoquer ses affinités profondes avec le Japon qui se révèlent notamment dans " Dimanche à Pékin " ( 1956), " Le mystère Koumiko " ( 1965) ou " Sans soleil " ( 1983).
Ces dernières années, celui dont William Klein aurait dit qu’il est un " ermite électronique ", poursuit son œuvre " d’analyse des rapports entre l’image et la mémoire " ( Guy Gauthier) avec le CD-Rom " Inmemory " et un DVD conçu par lui-même et reprenant deux de ses films " La Jetée " (1962) et " Sans Soleil " ( 1983).
PIERRE PERRAULT (1927 - 2000)
Pierre Perrault commence par faire des études de droit et être avocat de 1954 à 1956. A cette date, il devient auteur radiophonique à Radio-Canada. Son entrée en cinéma, il la fait en 1959 avec " Au pays de Neufve-France ", série de 13 films dont le premier s’intitule " La traverse d’hiver à l’Île-aux-Coudres ". Cette petite île située sur le fleuve St-Laurent va devenir grâce à Pierre Perrault un des lieux les plus connus et les plus emblématiques de la cinématographie québécoise. En effet, Pierre Perrault, homme de la parole rencontre à l’ONF Michel Brault homme de l’image et Marcel Carrière, homme du son, ils repartent en 1963 à l’Ile-aux-coudres pour tourner sans doute le film le plus marquant du " cinéma direct " au Canada " Pour la suite du monde ". Il réalisera avec Bernard Gosselin deux autres films dans cette île : " Règne du jour " (1966) et " les Voitures d’eau " (1968). A l’occasion de la sortie d’un autre film réalisé avec Michel Brault " L’Acadie, l’Acadie ?! " il confiera en 1971 au journal " La Patrie " : " Mes films ne sont pas politiques. Ce sont des outils de réflexions, le matériel nécessaire à la reconnaissance de l’homme d’ici ". Pourtant, l’œuvre de Perrault a accompagné la " révolution tranquille " et éminemment participé à la reconquête par les québécois de leur histoire et de leur " culture distincte ".
ALAIN RESNAIS (1922 -)
Alain Resnais est considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands cinéastes du cinéma français. Ses longs-métrages de fiction de " Hiroshima, mon amour " (1958) à " On connaît la chanson " (1997) nous donne de lui l’image d’un créateur intransigeant, tournant peu et préparant longuement ses films. Venant d’une conception classique du cinéma, sa première participation à un long-métrage en tant qu’assistant sera sur le film d’archives " Paris 1900 " de Nicole Verdes en 1946, Resnais est curieux de tous les courants qui traversent et bouleversent l’après-guerre tels le Nouveau Roman ou le Structuralisme. La première partie de sa carrière de cinéaste est consacrée à des films documentaires qui demeurent parmi les plus surprenants des années 50. On peut citer " Gernica " (1950), et " Toute la mémoire du monde " (1956). Tout comme dans ses films de fiction où ils s’entourent de scénaristes de premier plan, Resnais va chercher pour ses documentaires de précieux collaborateurs, ce sera le cas de Chris Marker pour " Les statues meurent aussi " (1953), Jean Cayrol pour " Nuit et Brouillard " (1956) ou encore Raymond Queneau pour " Le chant du Styrène " ( 1958).
JEAN ROUCH (1917 -)
Ingénieur, ethnographe et cinéaste, la vie de Jean Rouch peut se développer autour de ces 3 termes. Rouch est venu au cinéma en amateur après avoir acheté au Marché aux puces une caméra Bell et Howell en 1946. Il repart au Niger avec cette caméra et découvre toutes les possibilités que ne lui offraient pas l’écriture ou la photo. Le grand public le découvre en 1954 avec "Les Maîtres fous" puis en 1958 avec "Moi, un noir". Utilisant une caméra qui se remontait toutes les 25 secondes, il décide dans "Moi, un noir" de monter le monologue d’un de ses personnages à la suite dans des plans de même valeur, ce que les "règles" du cinéma interdisaient totalement. On désigne aujourd’hui ce procédé par le terme "Jump-cut".On raconte que Jean-Luc Godard après la projection de "Moi, un noir" décida d’utiliser le même procédé dans ses films de fiction. Rouch a cherché continuellement des dispositifs techniques lui permettant de tourner en équipe légère avec peu de matériel et peu de technicien. On le retrouve dans l’aventure du son synchrone en compagnie de Michel Brault avec "Chronique d’un été" en 1960 mais aussi aux côtés de Jean-Pierre Beauviala dans les débuts de la caméra Aaton, qu’il utilisera en Afrique dans les années 70 et 80.Héritier direct de Robert Flaherty, tant dans le traitement que dans le dispositif technique de ses films, Jean Rouch marque de son empreinte l’histoire du cinéma documentaire en lui donnant sa vision d’ethnographe.
GEORGES ROUQUIER (1909 - 1989)
Le parcours de Georges Rouquier est marqué par deux dates et deux films qui se répondent : 1946 " Farrebique " et 1983 " Biquefarre ". Ces films furent tournés dans la ferme de Farrebique à Goutrens chez son oncle. Proche par la démarche d’un Robert Flaherty, Georges Rouquier a fait son premier film en 1929 " Vendanges " qu’il produira lui-même avec l’argent qu’il a économisé en travaillant comme linotypiste à l’imprimerie du Droit à Choisy-le-roi. Remarqué par la critique, Rouquier mettra 13 ans à refaire un film. Ce sera en 1942 lorsqu’il fait la connaissance du producteur Etienne Lallier, avec " Le Tonnelier ", la même année, il tourne " Le Charron ". En pleine guerre, sous le gouvernement de Vichy, il est difficile de continuer la mouvance du film social qui a marqué la décennie précédente,
Rouquier privilégie des documents sur les métiers, mais son cinéma qui met l’homme au centre du film s’exprime déjà avec force dans ces deux courts-métrages. En avril 1943 se tient le premier congrès du film documentaire où " Le Tonnelier " obtient le Grand Prix ex-æquo avec deux autres courts-métrages. L’année suivante, le même producteur Etienne Lallier propose à Rouquier de réaliser un long-métrage qui s’articulerait autour des quatre saisons, ce sera " Farrebique ", Prix de la Critique Internationale à Cannes en 1946, Grand Prix du cinéma français, Médaille d’or à Venise, Grand Epi d’Or à Rome. " C’est sur la base d’un seul film – mais quel film ! – qu’il reste une référence des cinéastes du monde entier, du moins de ceux pour qui la vie captée à la source a plus de prix que la reproduction des stéréotypes. " (Guy Gauthier).
CAROLE ROUSSOPOULOS (1945 -)
Originaire de Suisse romande, Carole Roussopoulos est la première femme à avoir utilisé la vidéo en France en 1970 d’un point de vue sociologique et militant. C’est cette année-là qu’elle crée avec Paul Roussopoulos le premier collectif vidéo parisien, " Vidéo Out " dans le cadre de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Leur première vidéo sera " Jean Genet parle d’Angela Davis ". Jean Genet est filmé par une équipe de l’ORTF ( en 16mm) pour une émission dont l’invité est l’écrivain Rezvani. Au cours de cette interview, Genet lit un texte écrit par lui, où il dénonce violemment la politique raciste des USA et donne son soutien aux Black Panthers. Par peur d’être " coupé au montage ", il demande à Carole Roussopoulos, de filmer entièrement en vidéo les 3 prises qu’il effectue. L’émission dans son entier ne sera jamais diffusée puis perdue. Il ne reste que les images vidéo ! Avec sa caméra, Carole Roussopoulos va accompagner les mouvements des années 70 et 80, que ce soient les mouvements féministes, ouvriers ou d’indépendance. Ainsi se succèderont " F.H.A.R. "
( Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) en 1971, " Lip " entre 1973 et 1976, " S.C.U.M Manifesto " en 1976, en co-réalisation avec Delphine Seyrig, lecture mise en scène du livre de Valérie Solanas. Il est important de préciser que durant toute sa carrière, Carole Roussopoulos s’est attachée, non seulement à filmer ces groupes, mais également aux moyens de diffuser ses vidéos et les vidéos de femmes en général. C’est ainsi qu’en 1982, elle crée en compagnie de Delphine Seyrig et Iona Wieder, le Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir.
En 1999 elle réalise un long-métrage documentaire " Debout ! ", une histoire du mouvement de libération des femmes de 1970 à 1980 avec une grande partie des séquences qu’elle a tournées. Carole Roussopoulos continue aujourd’hui son travail avec une caméra DV et offrent l’espace de sa caméra aux femmes victimes de violences conjugales.
MARIO RUSPOLI (1925 - 1986)
L’un des représentants les plus actifs du "cinéma-vérité " fut sans conteste ce romain vivant en France. Il proposa dans un rapport fait pour l’Unesco d’appeler ce cinéma, " le cinéma-direct ", expression qui fera date. Ce rapport passionnant ( diffusé en partie dans " Les Cahiers du Cinéma " ) définit ce que doit être le dispositif d’un documentaire dans les années 60 et qu’il résume ainsi : " l’équipe légère synchrone en 16mm ". Parmi ses films, deux retinrent particulièrement l’attention, " Regards sur la folie "(1961) et " les Inconnus de la terre "(1962), tous deux tournés avec le chef-opérateur Michel Brault.
" En France, pendant la courte période de découverte des possibilités du son synchrone, il fut le plus rigoureux, le plus sobre des réalisateurs et le moins porté à développer la rhétorique du direct qui commençait à menacer l’investigation scientifique et ses prolongements esthétiques " (Guy Gauthier, Le Documentaire, un autre cinéma). Ni commercial, ni militant, Mario Ruspoli eut de plus en plus de difficultés à financer ses projets, pourtant en 1984-85, il fit quatre émissions magnifiques sur Lascaux " L’Art au monde des ténèbres "
GEORGES STEVENS (1904 - 1975)
Georges Stevens n’est pas à proprement parlé un documentariste, sa filmographie le place comme un cinéaste hollywoodien. Il démarre sa carrière en tant que Directeur de la photographie dans des films avec Laurel et Hardy en 1928-1929. Ensuite il réalise des comédies dont on retiendra " Swing time " (1936) avec Ginger Rogers et Fred Astaire ou " La femme de l’année " avec Katharine Hepburn et Spencer Tracy. Durant la seconde guerre mondiale, il fut Lieutenant-Colonel d’une unité de transmission rattachée au Haut Commandement des Forces Expéditionnaires Alliées ( c’est-à-dire à Eisenhower lui-même). A ce titre il débarquera en Normandie en juin 1944 avec une équipe de cameramen et tourna la progression des armées alliées jusqu’à Berlin. Cela donna 4 heures de rushes au total, tournés en 35 mm, dont une partie en couleurs avec la nouvelle pellicule Kodacolor, mise au point en 1942 par les usines Eastman. Au- delà de l’innovation technique, nous n’en finissons pas aujourd’hui de redécouvrir ces images 35mm qui figurent parmi les seules en couleur, de la libération de la Normandie, mais aussi de la Libération de Paris et de la jonction des armées russes et américaines à Torgau en Allemagne. Puis ce fut l’ouverture des camps de Leipzig à Bergen-Belsen en passant par, Hadamard, Beerdronck ( Belgique), Nordhausen, Harland, Arnstadt, Matthausen, Buchenwald et Dachau. Un film d’une heure " Nazi Concentration Camps " fut extrait et projeté dans la salle d’audience du Tribunal Militaire International de Nuremberg le 29 Novembre 1945. Ce film venait à l’appui de l’accusation américaine en tant que pièce à conviction, preuve et témoignage. Au travers de ces images, c’est une nouvelle conception du témoignage documenté qui fait son apparition : filmer une réalité présente non seulement pour ses contemporains, mais aussi pour laisser des traces visuelles aux générations futures. Cette conception bouleversera le cinéma documentaire autant que le journalisme.
Après la guerre Georges Stevens redevient cinéaste de fiction, mais ses films ne furent plus jamais des comédies : " Une place au soleil " (1951) avec Elisabeth Taylor et Montgomery Clift, " l’Homme des vallées perdues " ( 1953), " Géant " (1956) avec James Dean et Elisabeth Taylor " Le journal d’Anne Frank " ( 1958) .
HENRI STORCK (1907 - 1999)
La filmographie d’Henri Storck comprend 70 films dont tous sauf un sont des documentaires. Mais la richesse de sa carrière tient au fait qu’à l’intérieur du cinéma documentaire, il a abordé tous les genres. Tout d’abord le film social, " Misère au Borinage " qu’il co-réalisa en 1933 avec Joris Ivens est l’un de ses films les plus connus et masque sans doute à nos yeux d’aujourd’hui, d’autres films de Storck tout aussi importants. C’est le cas notamment des " Maisons de la misère " tourné en 1937 avec Eli Lotar dont Paul Strand, photographe et cinéaste américain dira " C’est la peinture la plus violente, la plus dévastatrice de l’horreur des taudis que j’ai jamais vue documentée ". Parmi les autres genres abordés par Storck, les films sur l’art avec " Le monde de Paul Delvaux " (1944), " Rubens " (1948) et les films sur la paysannerie. " Symphonie paysanne " (1942-1944) est un long-métrage composé de 5 courts-métrages : Le Printemps, l’Eté, l’Automne, l’Hiver et Noces Paysannes. C’est une chronique de la vie paysanne au rythme des saisons en Belgique (qui annonce sur le même thème deux ans plus tard le film tourné en France par Georges Rouquier " Farrebique "). Ce film, tourné pendant la guerre connut des épisodes tragiques puisque l’agriculteur flamand avec lequel il commença le tournage fut fusillé par les Allemands et le cultivateur wallon avec qui il poursuivit le film fut assassiné.
Au début des années 70, il réalisa une série de dix courts-métrages intitulée " Fêtes de Belgique ou l’effusion collective " (1969-1972) où il pose un regard " d’ethnographe autochtone " (Guy Gauthier) sur des manifestations aussi anciennes que le Carnaval d’Ostende, Les Gilles de Binche, ou la Procession du Saint-Sang à Bruges.
Fortement marqué par l’approche de Flaherty et influencé par les innovations de Dziga Vertov, témoin du mouvement surréaliste, ethnographe dans son propre pays, le cinéma d’Henri Storck tient une place de premier plan dans l’histoire du cinéma documentaire.
DZIGA VERTOV (1896 -1954)
Il est l’un des piliers du Cinéma Documentaire, l’un des rares aussi à être autant un cinéaste qu’un théoricien. ès 1916 avec le " laboratoire de l’ouïe ", il commence des recherches sur le son, puis en 1920, il pose les principes du " ciné-œil ", théorie esthétique au service de la révolution russe. En 1922, il crée le magazine filmé " Kino-Pravda ", littéralement " cinéma-vérité ", qui est le supplément filmé du quotidien " La Pravda ". Dans les années 20, au travers de manifestes qui firent grand bruit, il dénonce la mise en scène, le scénario littéraire, les studios et le recours aux acteurs. Il milite pour que le cinéma soit la représentation de " la vie à l’improviste ". Il utilise tous les trucages connus à l’époque( accéléré, ralenti, optiques déformantes) mais aussi des images d’actualités, au service d’une vision totale. C’est ensuite le travail du montage de recréer à partir de ces images prises sur le vif et des possibilités techniques un récit cohérent. Le meilleur exemple reste " L’Homme à la caméra " en 1929, qui atteint des sommets de virtuosité et consacra Vertov hors d’URSS.
Il marqua largement les avant-gardes françaises et allemandes, le documentaire anglais au travers de John Grierson, les jeunes Henri Storck et Joris Ivens, le jeune cinéma New-Yorkais des années 60, le cinéma direct qui chercha au départ à reprendre sa formule de " cinéma-vérité et la Nouvelle Vague. Aujourd’hui encore, des groupes de jeunes cinéastes revendiquent ses théories pour leurs films tournés en caméra numérique DV, c’est le cas du groupe "Kinos", fondé à Montréal en 1999.
|
|

|
|
|
|
|
|
|
 |
 |
 |
|
|