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Contenu du DVD

Les temps modernes
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  Le réalisateur
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Approches du film > A propos du film
 
"Les temps modernes": Le film entre muet et parlant
Depuis l'expérience, aux Etats-Unis, du premier long métrage sonore, puis du Chanteur de jazz, de Alan Crosland en 1927, considéré comme le premier film parlant de l'histoire du cinéma, il ne faudra pas plus de deux ans, pour que l'utilisation du parlant se répande de façon fulgurante. L'année 1929 est celle du basculement.
Certains ont immédiatement considéré cette évolution technologique comme une avancée vers plus de réalisme. D'autres ont déploré une perte, celle de la spécificité du langage des images, un langage universel, qui avait atteint un haut degré de sophistication (cinéastes soviétiques, expressionnistes allemands, ou avant-garde française...). A travers l'éclairage, le montage, le rythme des séquences ou des plans, ou autres mouvements de caméra... les moyens visuels ont alors en effet atteint une expressivité qui va décroître avec l'arrivée du parlant. La spécificité du visuel, davantage axé sur la poésie que sur le réalisme, ne résistera pas toujours à un cinéma dès lors soumis à la parole et au théâtre.

Conscient que son Charlot, qui reposait sur l'art de la pantomime, ne résisterait pas au parlant et perdrait sa spécificité dès qu'on entendrait sa voix, Chaplin, plus que réservé quant à l'introduction du parlant, continua à faire vivre son personnage, dans la marge que devenait le muet, durant une petite dizaine d'années (tout de même).
Dans Les Lumières de la ville (1931), immense succès public, Charlot restait muet... mais Chaplin n'en commençait pas moins à envisager l'inéluctable, la parole, à laquelle il ne voyait d'abord que des défauts.
Le scénario des Temps modernes est ainsi le premier de Chaplin à avoir été intégralement rédigé, y compris avec des dialogues. Charlie Chaplin et Paulette Goddard ont effectué des essais, enregistrant leurs voix, ce qui a d'ailleurs donné un résultat satisfaisant. Pourtant, à quelques semaines du début du tournage, Chaplin n'a toujours pas décidé si son film serait muet ou parlant.
Le studio à ciel ouvert (l'un des derniers de Hollywood) dans lequel tournait Chaplin et largement agrandi pour le film, a été recouvert, s'adaptant ainsi aux exigences sonores du parlant.
Finalement, Chaplin décide de garder les intertitres qui résument l'action ou rapportent des dialogues, tout en accordant une grande attention aux bruitages, effets sonores (bruit des machines, coups de porte sur les têtes, gargouillis...), à la musique (dont il est le compositeur...), limitant les paroles à la voix humaine transmise par une machine (téléviseur de contrôle du patron à l'usine, voix enregistrée pour la machine à faire manger, radio, etc.). Quant au moment tant attendu où l'on entend, pour la première (et dernière) fois, la voix de Charlot... il s'exprime dans un sabir totalement incompréhensible, construit autour de sonorités et non de significations... Le sens n'apparaît que dans la gestuelle du clown. Une pirouette, largement commentée depuis, parce que riche de symboles et de sens, et parfaite expression d'un refus apparemment bien assumé.
Près de dix ans après le premier film sonore, Les Temps modernes est ainsi le dernier film muet tourné à Hollywood.
C'est avec son film suivant, Le Dictateur, que Chaplin devra radicalement changer de méthode.

Le tournage débute le 11 octobre 1934, par la séquence dans le bureau du directeur de l'usine. (Allan Garcia qui interprète le rôle ressemble beaucoup au président des usines Ford.) Il s'achève le 30 août 1935. Avec dix mois et demi, ce tournage est le plus court de Chaplin depuis L'Opinion publique. En comparaison, les tournages de la Ruée vers l'or, du Cirque, ou des Lumières de la ville, ont duré près de deux ans chacun avec plusieurs mois d'interruptions.

Les studios
Dès la fin des années 20, l'introduction du parlant amène une série de modifications très profondes dans l'industrie cinématographique. Aux Etats-Unis notamment, les années 30 voient l'émergence (et le rapide développement) de films de genres, comme la comédie musicale, le film d'action et de gangsters ou de comédies, parfois des adaptations de pièces à succès (on voit ainsi Broadway envahir Hollywood). Ces genres correspondent par ailleurs à une standardisation, comme si l'industrie du cinéma, prospère alors que l'Amérique s'enlise dans la Dépression, s'appliquait à elle-même des schémas de rentabilité maximale.
C'est l'époque où le burlesque s'enrichit de nouveaux venus, comme les Marx Brothers (dont le comique loufoque, et particulièrement corrosif, est tout autant verbal que visuel... ). A l'opposé, certaines grandes vedettes du muet sombrent, pour certains, définitivement (Ben Turpin, Harry Langdon, Harold Lloyd...).

Charlot burlesque.
Issu notamment des traditions de la pantomime et du music-hall anglais, le burlesque s'est structuré progressivement comme un genre, reposant davantage sur l'efficacité des gags, poursuites, cascades, que sur la structure dramatique ou les données psychologiques. L'importance de Mack Sennett et de sa société Keystone (l'"usine à rire") est essentielle dans la constitution du genre, un comique dur, absurde et violent s'achevant en avalanches de destructions, une apothéose de catastrophes, impliquant souvent les forces de l'ordre. S'adressant à un public économiquement peu favorisé, qui est celui des spectateurs de cinéma, ces attaques contre l'ordre établi (les riches et la destruction de leurs biens) et ses représentants, surtout les policiers... sont assez jubilatoires.

C'est à cette école que s'est formé Chaplin et que s'est constitué le personnage de Charlot. Si la silhouette de Charlot s'est rapidement fixée, sa figure exclusive de Vagabond solitaire est plus tardive. Elle s'est un peu figée après l'immense succès du film The Tramp (Charlot Vagabond). Avant cela, le statut social, et même familial, de Charlot varie au gré de ses aventures. C'est ainsi qu'il a pu être garçon de café, peintre, garde-malade, chef de rayon, violoniste, voire même policier... ou papa.

Les Temps modernes, film politique ?
L'idéologie implicite du film a donné lieu à bien des interprétations. De fait, au cours du long voyage à travers le monde qui accompagne la gestation des Temps modernes, Chaplin s'intéresse particulièrement à l'économie, écrit des articles et développe une théorie qui n'exclut pas, loin s'en faut, l'humain. Par ailleurs, il soutient Roosevelt et le New Deal. Quelques années plus tard, durant la Seconde Guerre mondiale, Chaplin militera pour l'ouverture d'un deuxième front et l'intervention des Etats-Unis contre l'Axe Berlin-Tokyo (Le Dictateur est le film le plus explicitement politique de ceux qu'il ait réalisés.).

Pourtant, répondant à une question sur Les Temps modernes (dans un entretien avec Noël Simsolo, Chaplin aujourd'hui) "reçu comme une œuvre progressiste", Jean Mitry souligne comme il se doit le nihilisme du propos : " C'est sorti en France au moment du Front Populaire. Certains en ont fait une œuvre de propagande communiste, pourtant, on y tire sur tout ce qui bouge, à droite, comme à gauche. C'est farouchement individualiste. Charlot a beau essayer de s'intégrer à la société, il reste à l'écart. Il la subit et la contemple. Il devient désespérément anarchiste. Pas le moindre appel aux notions humanistes dans ce jeu de massacre."

Peut-être est-ce une constante des meilleurs comiques burlesques dont Chaplin a voulu se détacher en développant et affinant les intrigues ? Son Charlot n'en reste pas moins difficilement "récupérable" et difficile à réduire à une quelconque idéologie. Sentimental sans jamais être mièvre, parfois cynique, souvent agressif, il développe un farouche individualisme, davantage préoccupé à se sauver lui-même qu'à s'engager dans des luttes collectives. C'est déjà cet aspect subversif , anarchisant, qu'appréciaient les Dadaïstes puis les Surréalistes, qui considéraient Charlot comme un symbole de liberté absolue, de révolte poétique et antisociale, à travers une attitude irrespectueuse, et appuyée, contre l'ordre établi.

On peut souligner par ailleurs que, paradoxalement, Chaplin, qui est sans doute le cinéaste le plus célèbre du monde, a longtemps souffert d'un désintérêt de la part des critiques. Face à l'inventivité, à la perfection des cadres et des mouvements de caméra, à la poésie sans vains discours des films de Buster Keaton, on a souvent déploré chez Chaplin la simplicité, voire la transparence de sa mise en scène, uniquement centrée sur son personnage, son penchant pour un sentimentalisme facile, son ancrage dans un classicisme qui lui rend suspectes les évolutions techniques. Autant d'éléments sur lesquels on revient d'ailleurs aujourd'hui.